Centre d'études de l'emploi
Economie souterraine, travail au noir, emploi informel
Égypte 1998-2012 : de l’emploi public protégé à l’emploi informel précaire, un marché du travail en déshérence
Isabelle Bensidoun, Aude Sztulman
Avril 2015
Le marché du travail égyptien a connu, au cours des deux dernières décennies, des mutations importantes que les revendications sociales de la révolution de janvier 2011 ont mises au jour. Parmi elles, le manque de sécurité des emplois et la faible couverture sociale qui leur est associée ont été particulièrement dénoncés. Aussi l’objectif de ce travail est-il de présenter un panorama de l’emploi en Égypte, en s’intéressant en particulier à l’évolution de l’emploi informel. À cette fin, les données individuelles issues d’enquêtes sur les ménages représentatives au niveau national et disponibles pour trois années (1998, 2006 et 2012) seront mobilisées. Les analyses descriptive et économétrique montrent que le désengagement de l’État en tant que pourvoyeur d’emplois a été particulièrement marqué sur cette période. Dans le même temps, son absence d’engagement à faire respecter la législation du travail dans le secteur privé s’est traduit par une progression significative de l’emploi informel. Ce dernier touche particulièrement les hommes, les jeunes et les moins éduqués, bien que l’âge et l’éducation assurent, avec le temps, une protection de moins en moins efficace face à l’emploi informel. À cette absence de protection sociale de la plupart des emplois privés s’ajoute la précarité qui caractérise nombre d’entre eux.
Emploi informel en Algérie : caractéristiques et raisons d’être
Isabelle Bensidoun, Ali Souag
Juillet 2013
Cet article présente dans un premier temps les principales caractéristiques des emplois informels en Algérie et leur évolution entre 2001 et 2007. Pour ce faire, il s'appuie sur les enquêtes emploi auprès des ménages réalisées par l’Office national des statistiques. Il s’interroge ensuite sur les raisons d’être de ces emplois, à savoir leur caractère subi ou choisi, en mobilisant les réponses fournies dans les enquêtes par les salariés sur leur souhait de changer de travail. Il montre que, sur cette période, le retrait du secteur public comme pourvoyeur d’emplois s’est traduit par une expansion marquée de l’emploi informel. Celui-ci touche particulièrement les jeunes, les moins éduqués, ceux qui exercent leur activité dans de très petites entreprises et dont l’emploi est précaire. Les premiers enseignements que l’on peut dégager sur les raisons d’être de ces emplois indiquent que l’emploi salarié informel en Algérie constituerait un emploi en dernier ressort pour échapper au chômage.
Situation régulière
François Brun, Smaïn Laacher.
Paru aux éditions L'Harmattan.
Paru aux éditions L'Harmattan.
Juin 2002
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Marché noir, demande de travail et fraude fiscale
Marc-Arthur Diaye, Gleb Koshevoy
Mars 2006
Selon plusieurs études, l’importance de l’économie parallèle (non criminelle) est non négligeable dans les pays de l’OCDE. Par exemple, elle est estimée pour le Royaume-Uni sur données micro-économiques (Family Expenditure Survey, 1993) à au moins 9,4 % du PIB par Lyssiotou, Pashardes et Stengos (1999). Par ailleurs, selon Schneider et Enste (2000), il y a eu un accroissement continu du marché noir dans la plupart des pays de l’OCDE (y compris les États-Unis) de 1960 à 1999. Il semble donc que la structure du marché du travail ait une grande influence sur l’importance du marché noir. Si le côté « offre de travail » a été abondamment analysé dans la littérature (Frederiksen et alii, 2005 ; Lemieux et alii, 1994), le côté « demande » l’a moins été (voir par exemple, Fugazza et Jacques, 2003). Peut-être parce que l’idée qu’une entreprise légale puisse demander du travail illégal choque à première vue. Nous analysons dans cet article les déterminants de la demande de travail illégal par les firmes légales. Nous montrons que les caractéristiques technologiques des firmes jouent un rôle important. Par ailleurs, nous développons un modèle original Principal-Multiagents interagissant dans une structure oligopolistique (sans coopération) à la Cournot et où une entreprise légale (l’Agent) peut demander à la fois du travail sur le marché du travail officiel et sur le marché noir. Le Principal (le gouvernement) procède à des contrôles et l’entreprise paye une taxe proportionnelle au montant de la fraude si elle est détectée. La probabilité de détection est cependant endogène, c’est-à-dire que plus l’entreprise fraude et plus la probabilité de se faire détecter augmente. Nous montrons qu’à l’équilibre de Cournot plus le Principal contrôle la production déclarée par les entreprises et plus la probabilité de détection d’équilibre baisse. Ce résultat paradoxal s’explique par le fait que la probabilité de détection étant endogène, ce sont en réalité les entreprises qui déterminent cette probabilité. Plus le Principal contrôle la production que les entreprises déclarent et plus ces dernières vont baisser la part de la production effectuée sur le marché noir, de telle sorte que la probabilité de détection baisse et que la fraude leur soit toujours profitable.
Document uniquement disponible en version anglaise.
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Qui sont les salariés payés au salaire minimum ? Une analyse empirique à partir de données turques
Oana Calavrezo, Selin Pelek
Février 2011
Au cours des dernières décennies, la littérature internationale a accordé un intérêt particulier à l’analyse du salaire minimum dans les pays émergents. Dans ce travail, nous nous intéressons au cas de la Turquie. Nous souhaitons contribuer à une littérature économique quasi inexistante concernant les caractéristiques socio-économiques des salariés payés au salaire minimum. Ainsi, l’objectif principal de ce texte est de dégager un profil pour les salariés rémunérés au salaire minimum.
Des techniques économétriques simples (modèle logit dichotomique, modèle logit multinomial ordonné généralisé) sont mises en œuvre dans un but purement descriptif. Nous mobilisons des données originales issues de l’enquête Budget de l’Institut des statistiques de Turquie couvrant la période 2003-2006. À partir de l’affiliation des individus à la Sécurité sociale, nous pouvons faire la distinction entre emploi formel et emploi informel. Ces deux « marchés » de l’emploi ont un fonctionnement assez différent. Par conséquent, nous travaillons sur deux populations : celle des salariés concernés par l’emploi formel et celle des salariés concernés par l’emploi informel.
Nous confirmons, pour le cas de la Turquie, que le fait de toucher le salaire minimum est associé plus fréquemment à des populations considérées généralement comme « fragiles » (femmes, jeunes, personnes résidant à la campagne, individus ayant peu d’ancienneté dans l’entreprise et personnes qui perçoivent des aides de la part de l’État). En outre, ces caractéristiques socio-économiques influencent de la même manière la propension à être payé autour du salaire minimum pour les populations de salariés en emploi formel et informel. En revanche, des caractéristiques, comme le niveau du diplôme, le secteur d’activité ou la taille de l’entreprise, ont des effets différents sur la probabilité de toucher une rémunération proche du salaire minimum pour les salariés formels et les salariés informels.
Des techniques économétriques simples (modèle logit dichotomique, modèle logit multinomial ordonné généralisé) sont mises en œuvre dans un but purement descriptif. Nous mobilisons des données originales issues de l’enquête Budget de l’Institut des statistiques de Turquie couvrant la période 2003-2006. À partir de l’affiliation des individus à la Sécurité sociale, nous pouvons faire la distinction entre emploi formel et emploi informel. Ces deux « marchés » de l’emploi ont un fonctionnement assez différent. Par conséquent, nous travaillons sur deux populations : celle des salariés concernés par l’emploi formel et celle des salariés concernés par l’emploi informel.
Nous confirmons, pour le cas de la Turquie, que le fait de toucher le salaire minimum est associé plus fréquemment à des populations considérées généralement comme « fragiles » (femmes, jeunes, personnes résidant à la campagne, individus ayant peu d’ancienneté dans l’entreprise et personnes qui perçoivent des aides de la part de l’État). En outre, ces caractéristiques socio-économiques influencent de la même manière la propension à être payé autour du salaire minimum pour les populations de salariés en emploi formel et informel. En revanche, des caractéristiques, comme le niveau du diplôme, le secteur d’activité ou la taille de l’entreprise, ont des effets différents sur la probabilité de toucher une rémunération proche du salaire minimum pour les salariés formels et les salariés informels.
La Turquie : un marché du travail en transition ?
Seyfettin Gürsel
Septembre 2007
Entre 1994 et 2001, la Turquie a connu trois crises financières qui ont causé récession et montée du chômage. Ainsi, après la crise de 2001, le taux de chômage est passé en un an de 6,5 % à 10,5 %. Et, en 2006, malgré la croissance économique des années précédentes, il est resté supérieur à 10 %, atteignant même 12,6 % hors agriculture.
Pour comprendre la situation turque, il faut avoir en tête certaines caractéristiques de son marché du travail. Depuis 1990, la population active industrielle et tertiaire ne cesse d'augmenter, résultat de l’accroissement démographique, de la présence de plus en plus nombreuse des femmes et des transferts massifs de main-d’œuvre agricole.
Dans ce contexte, il faudrait une croissance riche en emplois non agricoles pour parvenir à une baisse du chômage.
Or, la dynamique économique des dernières années n’a pas suffi à créer ces emplois, en raison notamment d’une fiscalité du travail élevée et d’une demande intérieure qui s'essouffle.
La lutte contre le chômage passe par des réformes structurelles qui exigeront de l’habileté de la part des dirigeants.
Pour comprendre la situation turque, il faut avoir en tête certaines caractéristiques de son marché du travail. Depuis 1990, la population active industrielle et tertiaire ne cesse d'augmenter, résultat de l’accroissement démographique, de la présence de plus en plus nombreuse des femmes et des transferts massifs de main-d’œuvre agricole.
Dans ce contexte, il faudrait une croissance riche en emplois non agricoles pour parvenir à une baisse du chômage.
Or, la dynamique économique des dernières années n’a pas suffi à créer ces emplois, en raison notamment d’une fiscalité du travail élevée et d’une demande intérieure qui s'essouffle.
La lutte contre le chômage passe par des réformes structurelles qui exigeront de l’habileté de la part des dirigeants.
Portrait de l'emploi informel en Turquie
Mélika Ben Salem, Isabelle Bensidoun, Selin Pelek
Avril 2011
Le marché du travail turc est caractérisé, comme celui de beaucoup d’économies en développement, par un recours très large aux emplois informels. Plusieurs actions ont été engagées récemment par les autorités turques pour en limiter l’ampleur. Celles-ci s’inscrivent dans la dynamique du processus d’adhésion à l’Union Européenne, dans lequel la Turquie est engagée depuis l’ouverture des négociations en octobre 2005. Le travail présenté ici dresse, à partir des enquêtes sur la population active réalisées par l’Institut de statistiques turc, un panorama de l’emploi informel en Turquie avant la mise en œuvre de ces actions. Il répond ainsi au besoin exprimé par le Conseil de l’Union européenne de disposer d’une analyse du travail non déclaré. À partir d’une analyse descriptive des principales caractéristiques, tant individuelles que professionnelles, des emplois informels et de l’estimation des facteurs qui influent sur la probabilité d'occuper un emploi informel, il permet de dégager un certain nombre d’enseignements sur la manière de cibler les politiques de lutte contre l’emploi informel en Turquie et sur les populations qui rencontrent le plus de difficultés à accéder ou à participer au marché du travail.
Ce document est également disponible en version anglaise
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Emplois informels hétérogènes et segmentation du marché du travail turc
Mélika Ben Salem, Isabelle Bensidoun
Octobre 2011
Le marché du travail turc se caractérise par un recours encore important à l’emploi informel (Ben Salem et al., 2011). La question des raisons d’être de ce type d’emploi est au cœur des préoccupations des travaux sur les marchés du travail des pays en développement. Alors que, jusqu’il y a peu, l’emploi informel était considéré comme un emploi en dernier ressort pour échapper au chômage, les travaux de W. Maloney (2004) sur l’Amérique latine ont mis en avant son caractère parfois volontaire. Afin d’identifier le paradigme qui prévaut sur le marché du travail turc, une modélisation qui tient compte du caractère éventuellement hétérogène des emplois informels est retenue dans cet article. Pour ce faire, un mélange de modèles de régression fini est mis en œuvre qui valide l’hypothèse de l’existence de plusieurs segments au sein de l’informel, sans toutefois identifier un segment attractif qui serait la résultante d’un choix des travailleurs. Ainsi, l’hypothèse de segmentation du marché du travail est ici vérifiée : au sein des différents segments, la plupart des emplois informels sont subis.
La grève des travailleurs sans papiers : vers une extension du droit pour les plus précaires ?
Pierre Barron, Anne Bory, Sébastien Chauvin, Nicolas Jounin et Lucie Tourette
Août 2011
Les grèves de travailleurs sans papiers qui ont eu lieu entre 2008 et 2010 visaient à obtenir la régularisation administrative de ressortissants étrangers, salariés en France depuis des années. Elles sont intervenues à la suite de l’évolution des politiques migratoires en vigueur depuis le début des années 2000, qui rendait plus aléatoires les chances de régularisation.
Le mouvement est d’abord parti de salariés sans papiers déclarés, qui se sont mis en grève en occupant leur entreprise pour obtenir leur régularisation. Il s’est ensuite étendu à une population pour laquelle il était plus difficile de démontrer un lien salarial avec un employeur.
Les grèves de sans-papiers ont contribué à la reconnaissance de ces travailleurs en tant que salariés légitimés à faire valoir le droit du travail.
Elles ont en outre permis une percée des syndicats dans des segments du tissu productif jusqu’alors inaccessibles.
Le mouvement est d’abord parti de salariés sans papiers déclarés, qui se sont mis en grève en occupant leur entreprise pour obtenir leur régularisation. Il s’est ensuite étendu à une population pour laquelle il était plus difficile de démontrer un lien salarial avec un employeur.
Les grèves de sans-papiers ont contribué à la reconnaissance de ces travailleurs en tant que salariés légitimés à faire valoir le droit du travail.
Elles ont en outre permis une percée des syndicats dans des segments du tissu productif jusqu’alors inaccessibles.



